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Détecter l'acidification du rumen
15.04.2026

Détecter l'acidification du rumen

La panse ne doit pas s’acidifier. Tous les conseils d’affouragement classiques restent valables. Les complémentaires alimentaires ne les remplacent nullement.

Stefan Buri (TORO 08/15)

Plus efficace, plus performant et plus fertile – voilà les promesses publicitaires alléchantes faites pour de nombreux aliments. Elles misent sur les performances croissantes dans les étables suisses. Une pléthore de compléments et de spécialités affirment soutenir le métabolisme, la santé animale et la fertilité durant la phase de démarrage. Dans la course aux performances, il ne faut cependant pas oublier une règle logique: une production plus élevée demande une ration plus riche en énergie pour que la vache dispose de suffisamment d’éléments nutritifs. Et comme la densité énergétique du fourrage ne peut pas être augmentée indéfiniment et que de nombreuses exploitations ont déjà atteint un niveau très haut, l’utilisation de concentrés augmente. Ce faisant, la gestion de la panse devient de plus en plus exigeante, pour que le pH dans la panse ne chute pas en-dessous du seuil critique pendant plusieurs heures par jour et qu’une acidose latente (subclinique) ne s’installe insidieusement – souvent même sans que l’éleveur ne s’en aperçoit.

La flore ruménale fonctionne chez les vaches qui consomment beaucoup et ruminent bien.
Bild: Swissgenetics

Facteur temps

La majorité des éleveurs en sont conscients: des quantités élevées de concentrés et notamment de grands apports à la fois augmentent les risques d’acidose de la panse. De récentes recherches sur le fonctionnement de la panse confirment l’importance d’un pH stable. Les fluctuations du pH en soi (même dans la fourchette dite normale) nuisent déjà à la flore ruménale. La situation est d’autant plus critique que le pH est bas et qu’il le reste longtemps. Les acidoses latentes peuvent apparaître aussi bien si le pH reste en-dessous de 5.8 pendant 12 heures que s’il chute en-dessous de 5.6 pendant trois heures.

Symptômes atypiques

Le diagnostic des acidoses latentes de la panse est souvent difficile, étant donné que les vaches atteintes ne sont pas clairement malades et ne montrent généralement pas de symptômes spécifiques. Ce n’est qu’après un certain temps que la maladie a des répercussions négatives sur la reproduction et sur la santé des onglons. C’est pourquoi, une observation minutieuse et le recoupement des différentes constatations sont importants, surtout durant la phase de démarrage: un appétit changeant est souvent un des premiers symptômes. Les bactéries de la panse, lorsqu’elles meurent, libèrent des toxines qui surchargent le métabolisme (du foie) et conduisent à une inflammation du tissu podophylleux de la sole et de la paroi ruménale. Une recrudescence de boiteries (fourbures, saignements de la sole, ulcères, mauvaise qualité de la corne) et une diminution de l’appétit en raison des ulcères gastriques en sont la conséquence. Suite à ces changements dans la panse, la teneur du lait en graisse diminue. Les vaches qui ont un taux de matières grasses du lait inférieur à 3.8–3.6 % et un rapport graisse-protéine inférieur à 1.1 doivent être surveillées de près. Une aide qui a fait ses preuves est de compter les coups de mâchoire durant la rumination. Si, pour quelques vaches en phase de démarrage, on compte moins de 56 60 coups de mâchoire par bol alimentaire en moyenne, on doit suspecter une acidose latente.

Consommation au démarrage de la lactation

On ne le répétera jamais assez: une bonne condition corporelle reste la clé d’un bon démarrage de la lactation. Les vaches trop grasses ingéreront moins de matière sèche et la consommation augmentera bien plus lentement après le vêlage. Le rapport entre fourrage grossier et concentrés se détériore et le risque d’une acidose latente augmente. Une bonne préparation de la nouvelle lactation comporte une adaptation progressive de la quantité de concentrés avant et après le vêlage. En commençant avec au maximum 2 kg de concentrés, deux à trois semaines avant le vêlage, les papilles et micro-organismes de la panse ont le temps de s’adapter à la transition de la ration de tarissement riche en fibres à la ration de démarrage riche en énergie. L’ingestion de fourrage est stimulée par l’augmentation continuelle des concentrés durant les quatre semaines suivant le vêlage, de 2 kg à la quantité maximale.

Ration et structure

Outre une bonne ingestion, il faut également une structure suffisante pour que la ration soit respectueuse des ruminants. De par l’activité de rumination soutenue, la production de salive est élevée ce qui a un effet tampon bénéfique sur les acides gras volatiles. Pour les rations totales mélangées, il existe des indicateurs chimiques toujours plus précis, qui permettent de mesurer l’efficacité de la structure (recommandations Agroscope):

  • NDF: 25 %, dont 75 % des fibres du fourrage,
  • ADF: 17–18 %,
  • au max. 7.5 % sucre et
  • au max. 25 % de sucre + amidon instable.

Pour d’autres rations, l’appréciation est plus difficile. C’est pourquoi, un contrôle régulier s’impose. Il faut qu’au moins 10 % de la ration soit composé de particules intactes d’une longueur de 3 à 6 cm. En pressant le fourrage dans la main, il faut sentir des particules de fibre.

Régime alimentaire

Les éleveurs qui n’affouragent pas de ration totale mélangée doivent respecter certaines règles quant au régime alimentaire, comme celle de toujours commencer les rations principales par le fourrage grossier (foin, ensilage d’herbe). Un apport rationné de concentrés en plusieurs portions contribue également à maintenir le milieu de la panse aussi stable que possible. Les acidoses latentes peuvent également être provoquées par un apport trop important de concentrés en une fois. Les apports d’aliments concentrés (y compris betteraves et pommes de terre) sont donc à limiter à 1.5 kg MS par portion.

Approvisionnement en eau

Souvent on oublie que l’approvisionnement en eau exerce aussi une grande influence sur l’ingestion de fourrage. Une vache en phase de démarrage a besoin de jusqu’à 150 l d’eau. Lorsque l’affouragement se compose essentiellement de foin, la majeure partie de l’eau ingérée est celle qui est bue à l’abreuvoir. La consommation d’eau n’est pas répartie sur la journée mais se fait surtout après la traite. C’est pourquoi, dans les stabulations entravées, les abreuvoirs devraient assurer un débit d’au moins 10 l/minute, pour que les vaches fortes productrices puissent boire assez. Si le débit est insuffisant, les vaches ont soif et consomment moins de matière sèche. La stabulation libre pose d’autres exigences aux points d’eau. Les bassins ne devraient pas se situer ni dans un endroit très fréquenté ni dans un cul-de-sac, pour que les animaux de rang inférieur puissent également boire sans être dérangés. Les bassins devraient compter une longueur totale de 15 cm par animal.

Substances tampons

Tous ces principes alimentaires gardent leur importance. Même si les promesses publicitaires font miroiter d’autres possibilités. Il est vrai que les levures stabilisent le métabolisme dans la panse, probablement parce qu’elles produisent beaucoup de vitamine B et peuvent ainsi soutenir la flore ruménale. Il est également prouvé que les sels tampons (carbonate de sodium, oxyde de magnésium, etc.) sont indiqués pour traiter une acidose de la panse à court terme, car ils peuvent corriger un pH trop bas dans la panse. Mais ils ne combattent que les symptômes; ils ne corrigent pas les erreurs d’affouragement et ne contribuent pas à l’établissement d’une flore ruménale saine et active. Les sels tampons ne sont pas en mesure de corriger le tiren cas d’apport trop important de concentrés en une fois ou de manque de structure de la ration. Avant de recourir aux produits tampons, il est important de connaître leur mode d’action. Sinon ils risquent de nuire plus qu’ils ne sont utiles. Surtout les tampons à action rapide comme le carbonate de sodium peuvent avoir un effet négatif, du fait que les variations rapides ou un pH qui part en flèche vers le haut sont également néfastes pour les micro-organismes de la panse. Leur utilisation est d’autant plus délicate, s’ils ne peuvent pas être ajoutés à la ration totale mélangée. En effet, pour qu’ils stabilisent le pH de la panse ils doivent être consommés continuellement, car sinon ils risquent de conduire à des fluctuations nuisibles. C’est pourquoi, l’utilisation de substances tampons doit être bien réfléchie et planifiée. De plus, pour que leur utilisation ne fasse pas que de dissimuler les symptômes d’une acidose latente de la panse, il faut absolument que l’affouragement et la gestion soit analysés auparavant et que des solutions soient élaborées, dans le but d’optimiser la situation.

L’alimentation doit respecter les principes de base. Les sels tampons ne sont pas en mesure de corriger la composition de la ration.
Bild: Swissgenetics

Signes d’une acidose latente de la panse

  • Manque d’appétit ou appétit fluctuant
  • Faible teneur du lait en matières grasses (<3.8–3.6%)
  • Faible rapport graisse protéine (< 1.1)
  • Moins de 55 à 60 coups de mâchoire par bol
  • Problèmes d’onglons (fourbure, saignements de la sole)
  • Symptômes des chaleurs peu clairs
  • Consistance variable des bouses (liquide / normale)

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